CARTOUCHE
Opérette en 3 actes
Haut de l'affiche de 1914
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Livret de Hugues Delorme et Francis Gally

Représentée pour la première fois au théâtre du Trianon-Lyrique le 9 mars 1912. (S. : partition imprimée)
Reprise au théâtre Apollo en mai 1914. (S. : Soubies)
Reprise au théâtre du Trianon-Lyrique à partir du 19 octobre 1922. (S. : Bruyas)

RÉSUMÉ

« C'est ici surtout le Cartouche fidèle, tranquille et modéré. Il ne laisse pas de nous faire goûter quelques tours impayables. Au premier acte, pour dérober au marquis la caisse de sa mission artistique, nous le voyons successivement en voyageur anglais, avec une malle identique (qui contient un de ses affidés), et en officier de la maréchaussée, relevant, avec ses hommes, la garde du marquis, et ne manquant pas de l'accompagner jusqu'à Paris, lui et sa malle vide. Au second, il a su indiquer au marquis un joli hôtel pour loger Colette : c'est une maison à lui, truquée à souhait ; Cartouche y entre et en sort sans bruit, le plus élégamment du monde. [.] L'amour se mêle de l'affaire et achève sa réussite. La marquise, qu'indignent les frasques de son vieil époux, est tout à fait charmante, et Cartouche l'aide le plus galamment du monde à savourer une vengeance du tac au tac !. »

Il s'agit, on le voit, d'une opérette à grand spectacle, avec costumes nombreux, décors ouvragés et un héros aux multiples déguisements. Une affiche de 1914 reprend en images d'Épinal l'opérette de Terrasse et, sous seize illustrations carrées, rime autant de distiques mirlitonnesques qui résument l'histoire :

« Quel nom prestigieux et sonore : Cartouche !
Le Public s'intéresse à tout ce qui le touche
Surpassant les bandits de diverses valeurs
Incontestablement c'est le Roi des Voleurs.
Son courage en tous lieux égalant sa malice                        
Il brave les dangers et roule la police.
De l'agent Double-Flair il rabat le caquet
Et réduit le pauvre homme à l'état de paquet.
Pour pouvoir accomplir mille exploits à sa guise
Avec un art parfait Cartouche se déguise.
Mais il reste élégant et par ses airs vainqueurs
Ainsi que les trésors, il dérobe les cours.
Avec le Moraliste, on peut dire qu'en somme
Dans le cour d'un brigand sommeille un honnête homme.
Voilà pourquoi Cartouche, honnête en certains cas
Protège les amours de Colette et Lucas.
De Colette la grâce exquise et singulière
A séduit le puissant Marquis la Sablière.
Mais le Régent de France aussi lui fait la cour
Et sans plus de façons, il l'enlève à son tour.
Pour rendre au fiancé l'innocente future
Cartouche et ses Brigands risquent mainte aventure.
Cul-de-jatte ou manchot, tous faux estropiés
Hurlant, chantant, dansant, font des mains et des pieds.
Il faut les voir joyeux danser la Cartouchette
Demandez cette danse, au théâtre on l'achète.
Pour faire pardonner quelques petits écarts,
Il sauve le Régent vers onze heures trois quart.
Cette histoire très gaie, en trouvailles fourmille
Et chaste réjouit les mères de famille.
Bref, ce Cartouche nous prouve par son succès
Que le genre opérette est toujours bien français. »

L'abbé Bethléem et ses collaborateurs n'ont pas de Cartouche la même vision que les librettistes :

« Louis-Dominique Bourguignon dit Cartouche fut, en vérité, un abominable gredin, un bandit sanguinaire d'une férocité inouïe. Parce qu'il a longtemps réussi à berner la police, il a emporté la ridicule sympathie de cette partie de la postérité qui donne, de confiance, raison au voleur dans sa lutte séculaire contre le gendarme. Et la misérable sensiblerie de notre époque a encore renchéri, faisant de ce simple malandrin le type accompli du gentleman, quelque chose comme un Arsène Lupin avant la lettre. Où en serions-nous, dans quel bolchevisme sanglant notre société se serait-elle depuis longtemps dissoute, si ceux-là qui en avaient la charge à telles époques fort difficiles de notre histoire, avaient fait eux aussi de la sensiblerie ? Ils n'y mirent, Dieu merci, pas tant de façons, et le vrai Cartouche de l'histoire fut roué vif en place de Grève, en l'an 1721.

On nous montre ici un Cartouche de légende et de haute fantaisie, un Cartouche en sucre, qui empêche les impudiques marquis de séduire les vertueuses soubrettes, les maris de tromper leurs femmes, enfin la France d'être trahie. À lui seul, ayant pris l'habit et l'autorité du Régent, il déjoue la conspiration de Cellamare. Vous m'en direz tant.

Ajoutez que certaines situations légères sont traitées avec une légèreté qui confine à la grivoiserie. Ni la scène voluptueuse au cours de laquelle Cartouche séduit le cour de la marquise, ni la leçon de séduction fort leste que donne le vieux polisson de marquis à l'imbécile Vautravers, ni la romance à sous-entendus que détaille Colette, ni le ballet du deux, où pierrots et pierrettes évoluent sous des feux multicolores, ne sont inoffensifs pour des personnes peu habituées à ces genres d'exhibition.

Et vous conviendrez qu'il n'y a pas lieu d'amener votre famille voir cet essai de réhabilitation, par l'opérette, d'un bandit de droit commun. »

AIRS CÉLÈBRES

1.  Choeur des Voyageurs et Scène de l'Hôtellerie

2.  Duo Colette-Lucas, « Je t'aime, entends-tu, Colette »

3.  Scène des Voleurs et Couplets de Cartouche

5.  Scène de l'Arrivée et Terzetto

8.  Adieux de Colette

10.  Finale du 1er  Acte

13.  Couplets du Bon Brigand

15.  Air de la Marquise

21-22  Les Tonneliers, Scène des Stropiats et Danse de la Cartouchette

25.  Quintette, « Ah ! quel charmant, quel gai séjour ! »

SOURCES

- Premières épreuves corrigées par Claude Terrasse des pages 1 à 64 de la partition piano et chant.
- Partition imprimée piano et chant, Paris, Choudens, 1912, 216 p.
- Partition séparée de La Cartouchette, 4 p. et 2 n. pag. indiquant les pas de danse.
- Partition d'orchestre manuscrite complète, n. pag.
- Matériel d'orchestre, (quatorze parties séparées)
- Livret manuscrit, 32-35-37 p. [pagination par acte]
- Contrat de cession de l'oeuvre signé le 27 novembre 1908.