ORESTE
Tragi-comédie en 3 actes et en vers

 
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Livret d'Ernest LA JEUNESSE

RÉSUMÉ

Oreste est une pièce atypique dans l'ouvre de Claude Terrasse. Tragi-comédie est-il écrit en sous-titre. La mort d'Oreste et le mariage de son fils simultanément le justifient. Mais, même si les passages de comédie existent, même si le bonheur semble un temps pouvoir l'emporter, même si l'amour et la volonté humaine semblent pouvoir prendre le pas sur les douleurs du passé, Ernest La Jeunesse, à travers les allégories de l'Antiquité, nous offre une méditation pessimiste sur la puissance de la Fatalité, aussi dangereuse sous les traits de « L'Euménide, câline et belle » qui endort la méfiance, que sous ceux de l'Érinnye, qui poursuit sans cesse comme le remords. Une seconde méditation, aussi sombre que la première, la double et l'accompagne. Plus humaine, elle nous regarde vieillir et oublier l'esprit de sacrifice et de générosité, l'enthousiasme de la jeunesse :

« Car l'égoïsme avec l'âge nous presse :
On est plus faible et plus dur, on a peur.
On veut s'éteindre en douceur, par paresse !
Il faut mourir très jeune afin de mourir bien !. »

LA MUSIQUE

La musique d'Oreste ne ressemble pas à celles des autres partitions du compositeur (1). Comme elle n'a pas été représentée, nous ne saurons jamais quelle forme définitive le compositeur comptait lui donner. Peut-être aurait-elle été plus proche de son opéra-bouffe ou de son opéra-comique.


SOURCES

- Partition manuscrite autographe piano et chant, 137 p. [ainsi que 12 p. non numérotées au milieu de la partition]
- Livret tantôt manuscrit, tantôt tapuscrit, 27-21-13 p. (pagination par acte)

(1) Commencé le 7 août 1916 nous dit le manuscrit, il est achevé le 22 octobre de la même année. C'est « un très curieux poème (a)  » que cet Oreste, tragi-comédie en trois actes et en vers que Claude Terrasse met en musique l'année suivante. Les rôles les plus importants sont parlés : Oreste, Pylade, Hermione et Molossos sont confiés à des comédiens. Pourtant, la musique est importante. En plus de rôles chantés, le jeune Oreste et Iphise, en particulier, qui s'affirment au cours de la pièce, des chours, omniprésents comme ceux des tragédies antiques, participent à l'action et la commentent à la fois, et certains même unissent le chant à la danse en un long passage choral et chorégraphique figurant les Érynnies et les Euménides.

La musique est une des plus étonnantes du compositeur. Écrite d'un seul élan, elle est le plus souvent une longue mélodie accompagnée, tonale le plus souvent, mais qui ne dédaigne pas parfois de se tourner dans la direction de Debussy et de souligner de couleurs parfois crues les changements de ton du poème. Et pourtant, la musique ne perd jamais ses droits ; Terrasse suit les vers sans perdre de vue la cohérence de sa composition. Parfois, la musique s'arrête pour laisser les acteurs jouer, puis s'insinue à nouveau avec souplesse et discrétion ou prend au contraire possession de la scène avec force et vigueur. Car l'effort du compositeur pour écrire une musique qui puisse atteindre par endroits à une note gaie sans cesser d'être véritablement artiste et recherchée semble trouver son plus grand accomplissement dans plusieurs passages d'Oreste : le chour des Molosses qui clôt le premier acte ou le chour lumineux du début du second.

Une ouvre aussi étonnante, aussi inhabituelle venant de la plume d'un compositeur réputé facile, ne peut évidemment pas être représentée en 1917. Les vers de La Jeunesse puisent leur inspiration dans une Hellade dont les héros sont évoqués de manière elliptique et exigent un spectateur aux solides humanités, ce qui est précisément à contre-courant de l'évolution que la guerre précipite. Posant ses dernières notes sous l'ultime didascalie de La Jeunesse - « Il expire doucement » -, Terrasse écrit :

« Grand-Lemps Isère
6 mai 1917.
Terminé le jour de
l'enterrement
d'Ernest La Jeunesse (b)  »

(a) HEROLD, André-Ferdinand, « Claude Terrasse », Mercure de France, n° 603, 1er  août 1923, p. 699.
(b) TERRASSE, Claude, LA JEUNESSE, Ernest, Oreste, partition manuscrite chant et piano de la main du compositeur comprenant le poème complet, p. 137.