LES TRAVAUX D'HERCULE
Opéra-bouffe en 3 actes

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Livret de Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet

Représenté pour la première fois à Paris sur le théâtre des Bouffes-Parisiens du 7 mars au 25 mai 1901. (S. : partition imprimée) (86 représentations) (S. : Soubies)
Repris au théâtre Fémina le 3 octobre 1913. (S. : partition imprimée)
Représenté à Lyon en 1919 (1).
Enregistré par la Radio-Diffusion française, sous la direction de Marcel Cariven. Cet enregistrement est réédité en disque compact (Double CD Musidisc 201 792 MU 744).

RÉSUMÉ

« Hercule est un fils de dieu, c'est incontestable ; c'est un héros, nul n'en doute. Il est superbe, grand, rayonnant de santé, beau comme Jupiter Olympien. et " herculéen " à souhait. Le monde attend de lui de grandes choses, et l'acclame d'avance : le jour où Hercule " s'y mettra " ce sera terrible. Seulement Hercule ne s'y est pas encore mis, il ne s'y mettra jamais. C'est sa politique, car il n'est rien de tel pour conserver sa popularité que de la tenir en haleine, et c'est son goût, car il n'est pas de plus grand bonheur pour lui que la divine, que la sainte " flemme ". Nous touchons cependant à un moment critique et les " incidents ", comme il dit, vont surgir. Son peuple murmure, et sa fidèle épouse, Omphale, commence à en avoir assez, de s'entendre reprocher, dès qu'elle réclame de lui un peu d'amour, de vouloir toujours " compliquer " la vie.

Le premier " incident ", c'est qu'Augias, le roi bien connu comme sportsman, et qui a des raisons de se plaindre d'Hercule, vient le railler en face, en plein jour, et même souffleter son auguste visage. On s'attend à une catastrophe. Mais Hercule se borne à sourire de pitié : s'il voulait. ; mais la plus grande victoire est celle qu'il remporte sur lui-même. Pourtant, comme le peuple proteste un peu, il promet de l'étonner : il fera. ce soir. ce qu'Augias ne pourrait jamais faire.

Second incident, Augias s'éprend d'Omphale, et comme il n'a pas peur d'Hercule, ainsi que le poète Orphée qui soupire autour de la Reine sans oser se déclarer, il l'enlève dans la nuit qui tombe.

Mais il était dans la destinée du divin Hercule que toutes choses tourneraient à son profit. Pour fuir avec Omphale, Augias a pris la peau de lion et la massue d'Hercule qui trainaient sur un banc de jardin. Or, voici que les animaux féroces de la ménagerie forcent leur cage et lui coupent la route : il les défait au passage. Et tout le monde croit avoir vu Hercule, lui-même, à l'ouvre ; et le peuple glorifie son héros, qui, un peu interloqué d'abord, se laisse faire ensuite avec bonté. - Cependant voici qu'il apprend la fuite d'Omphale. La poursuivre sans en avoir l'air, en donnant satisfaction au peuple mis en goût par l'exploit de tout à l'heure, c'est ce qu'Hercule est bien forcé de faire, furieux et navré sous le bénévole sourire qui irradie son glorieux visage.

Vous savez la suite : Augias, plus sportsman que jamais sous la peau et avec la massue d'Hercule, accomplit successivement les fameux travaux, et Hercule, qui le suit pas à pas, en récolte chaque fois le bénéfice. Sa renommée s'étend sur toute la terre. Deux " incidents " encore surgiront, mais qui ne tourneront pas moins à sa gloire. Un roi, qui a trente filles à marier, prétend les lui faire épouser toutes trente. Les jeunes bergers d'alentour, qui vainement soupiraient, suppléent à ravir le magnifique " flemmard ". Enfin, le " krach " de l'entreprise des " Colonnes d'Hercule" ferait passer au héros un vilain moment. si Augias, qui en a assez de cette perpétuelle usurpation de gloire, ne surgissait à point pour reprendre sa part et déclarer que tout ce qu'on prétend qu'Hercule a fait est son ouvre à lui. On l'arrête, comme de juste. - Tu vois, mon pauvre Augias, lui dit Hercule (qui demande sa grâce), qu'il n'y a rien à faire contre l'opinion. Allons, fais comme les autres : crie " Gloire à Hercule ! "Augias, décidément vaincu, s'exécute (2) .»

« C'est la moralité de ce conte aussi plein de sens que d'heureuses folies et qui retrouve d'une façon fort détournée et buissonnière la philosophie de L'Ennemi du peuple d'Ibsen [.]. L'ennemi du peuple, c'est celui qui a raison contre le peuple et qui accepte de rester seul de son avis, malgré les huées et les pierres ; mais, presque toujours, l'ennemi du peuple s'amende et peu à peu lui devient complaisant ; il compose, il pactise, il se désavoue soi-même et consent à avoir tort avec tout le monde plutôt que d'avoir glorieusement et dangereusement raison tout seul (3). »

La pièce ne fait pas rire tout le monde, et, en particulier, l'abbé Béthléem et ses collaborateurs :

« C'est une véritable honte, pour des auteurs arrivés, pour des hommes du monde auquel appartiennent MM. de Flers et Arman de Caillavet, que d'avoir écrit et fait jouer pareille ordure. Ils n'avaient même pas l'excuse d'être menacés de mourir de faim.
Quelle singulière et sadique vision des hommes, des rois et des héros de l'antiquité grecque et latine ! Au vice antique, d'ingénieuses ficelles se donnent le mal de superposer le vice moderne, et parmi des jeux de scènes pervers, des effets obscènes et l'évocation d'ignominies sans nom.
Presque tous les couplets sont si égrillards qu'on n'en peut rien citer, ni ceux que chante Erichtona, reine des amazones, ni ceux qu'échangent à propos d'Hercule quelques hétaïres, ni surtout ceux qu'Hercule consacre à son père.
Il ne saurait être question de permettre à qui que ce soit le spectacle de cette répugnante parodie. Encore si elle était d'inspiration étrangère ! Mais d'avoir à l'avouer française, écrite par d'authentiques Français de bonne souche : quelle humiliation ! »

AIRS CÉLÈBRES

3.  Scène et Air, « Et maintenant que la pièce est finie »

8.  Scène musicale et Air final, « Quelque chose »

10.  Duo bouffe, Xanthias-Hannon, « - Je tape, - Je frôle »

11.  Couplets de Palémon, « D'un sang divin ma veine est pleine »

14.  Duo du rouet, Omphale-Augias, « Tenez, je n'en demande guère »

15.  Invocation d'Hercule, Valse, « Ah ! te dirais-je, papa »

16.  Chour triomphal et Air, Hercule-Palémon, « Célébrons, divin Hercule »

17.  Scène du départ et Chanson de route, « Ça, qu'on le vocifère ! »

18.  Scène bucolique, Vierges et Bergers, « Que l'on passe des jours idylliques »

21.  La Vieille Chanson du pays, « Mes filles, plaignons »

SOURCES

- Partitions manuscrites autographes piano et chant de musiques nouvelles ne figurant pas dans l'édition SNEM 1901 mais se trouvant dans l'édition Sirène 1920 : n° 3 : avec un ajout ; n° 6 : « Hélas, on se leurre. » ; n° 8 : Air des Potins ; n° 9 : Duo Omphale-Augias : « Caprice, caprice ».
- Partitions manuscrites autographes piano et chant de musiques inédites : Final du 1 er  acte : « Ah ! quel sombre, quel sombre, quel sombre libretto ! » ; Air : « O toi, pour qui je soupire, » avec cette indication p. 1 : « p[ou]r Raynal / Travaux à Lyon / remplace le N° 9 ».
- Partition manuscrite autographe d'orchestre du 1 er  acte, pag. de 1 à 36 et de 79 à 214.
- Partition imprimée piano et chant, Paris, SNEM, 1901, 287 p.
- Partition imprimée piano et chant, Éd. Musicales de la Sirène, 1920, 254 p. [Nombreuses différences avec la première version.]
- Partition imprimée piano : Valse pour piano sur les motifs de l'opéra-bouffe Les Travaux d'Hercule transcrite par l'auteur, Paris, SNEM, s. d. [1901], 7 p.
La Bibliothèque nationale de France - Musique possède de nombreux arrangements de cette oeuvre :
- Airs de ballet arr. pour orch. par L. Rémond, Paris, SNEM, 1901.
- Fantaisie pour orch. arr. par L. Rémond, Paris, SNEM, 1901.
- Marche arr. par L. Rémond, Paris, SNEM, 1901.
- Quadrille arr. par L. Rémond, Paris, SNEM, 1901.
- Valse arr. par L. Rémond, Paris, SNEM, 1901.
- Quadrille pour piano par N. Rebora, Paris, Dupont, 1901.
- Les Travaux d'Hercule, arr divers pour piano, Paris, 6, rue Favart, 1902.
- Valse pour piano par N. Rebora, Paris, 6, rue Favart, 1901.
- Livret manuscrit de copiste, 3 vol., pag. 2 à 106 pour le 1 er  vol., n. pag. pour les deux autres.
- Contrat de cession de l'oeuvre signé le 20 mars 1901.
- Contrat de cession pour la valse signé le 23 mai1901.


(1) D'après POURVOYEUR, Robert, « Les Travaux d'Hercule », Pipers Enzyklopädie des Musiktheaters, München, Zürich, Piper, 1997, Vol. 6, p. 271.
(2) CURZON, Henri de, « Les Travaux d'Hercule », Le Théâtre, n° 357, novembre 1913, p. 10-13.
(3) COOLUS, Romain, « Les Travaux d'Hercule », Le Théâtre, avril II 1901, p. 23.